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Interview : Didier L.

Aéroport Roissy-Charles de Gaulle. depuis juin 1994, PC sept 1997

Qu'est ce qui vous a donné envie de devenir contrôleur aérien ?

J'ai toujours été attiré par l'aviation, et comme beaucoup, à l'époque du bac, je regardais avec envie le métier de pilote de chasse. Mais en sortant de l'univers collège/lycée, le côté civil m'a bien plus attiré et paru plus adapté à mes envies. A la fac ,alors en filière « licence pour ingénieur aéronautique » je me suis intéressé aux concours de pilote de ligne, et ai eu droit a une présentation par la DGAC du métier de contrôleur, par des contrôleurs (2 étaient de CDG) « mais ça a l'air génial » me suis-je dit.

Comment êtes-vous devenus aiguilleur du ciel ?

En cours de DEUG, Fac Paris VI (UPMC), 2 concours ENAC au printemps 1991 : EPL et ICNA. Échec aux psychomoteurs EPL (avec une panne de l'ordinateur d'évaluation, j'ai eu droit de passer la session seul le soir ! mais réussite du concours ICNA. Je ne me suis pas posé de questions : je changeais radicalement d'univers par rapport à la fac, on quittait le monde de l'université et des interrogations sur l'avenir. De plus les candidats aux concours pilotes m'avaient énormément déçus par leurs motivations et leur attitude, alors que toutes les personnes rencontrées pendant les épreuves du concours ICNA m'ont paru d'emblée plus intéressées par l'aéronautique et ouvertes aux autres : ça a été très significatif pour moi.

Décrivez un jour type.

Il n'y a pas de jour type : il y a beaucoup de positions de contrôle, beaucoup de situations différentes. Ce qui est récurrent, c'est la nécessité de rester concentré, communicant si on veut faire fonctionner le collectif, mais aussi faire attention à toujours remettre en question, de manière positive, le travail effectué et les stratégies qu'on applique.

Quelle est la meilleure partie de votre travail ?

Pour moi : Avoir le sentiment de réussir à gérer une séquence chargée, particulièrement à l'ITM (aligner les avions sur un axe final d'atterrissage) ou au sol, en constatant qu'on a réussi à garantir la sécurité, tout en accélérant le trafic.

Quelle est la plus mauvaise partie de votre travail ?

Je vois 2 choses purement « contrôle » : s'entendre faire des reproches par les pilotes ou des collègues (ce qui est assez rare je pense) et réalisé qu'on n'a pas tout vu dans une situation de contrôle (même s'il ne s'est rien passé). Au-delà, la difficulté à objectiver sa propre façon de concevoir le contrôle aérien et à faire évoluer l'organisation du travail et de l'ATC.

Qu'est ce qui est spécifique dans votre centre ?

Difficile à dire avec certitude en n'ayant fait que ce centre, mais pourtant je citerais : un accompagnement de la croissance indispensable, une plateforme et un espace ultra-complexe, une adaptabilité permanente sur tous les plans : techniques, sociaux, organisationnels, relationnels...

Pourquoi est-ce que vous préférez travailler dans votre type de centre (tour, TRACON ou centre) ?

Évidemment parce qu'on voit les avions. De plus il y en a beaucoup, et le métier de contrôle d'approche radar est vraiment un challenge, tout en étant débarrassé de contraintes de type montagne/procédure non radar etc.

Pour vous quelles sont les principales qualités nécessaires à un contrôleur aérien ?

La lucidité sur sa façon de travailler : suis-je aux marges ou pas ? Quels sont les risques que je fais ainsi courir aux autres ? Partant de là, la prise en compte que la réussite du système se base sur une performance collective et certainement pas individuelle. Enfin une prise en compte permanente du service que nous devons rendre : si je devais être très « basique » d'abord assurer l'intégrité physique des usagers, ensuite assurer leur liberté de voyager sans entrave.

Quelle est la situation la plus complexe que vous avez eue à gérer ?

Relever un collègue qui ne savait plus où se trouvaient ses avions dans une situation orageuse, et où personne n'avait détecté cette perte de contrôle.

Quelles sont les difficultés pour une femme dans ce métier ?

Il n'y pas de difficulté particulière au contraire je pense que c'est une grande profession pour les femmes parce qu'il y a autant de possibilité d'évolution pour nous que pour les hommes.

Que ferez-vous ensuite ? Comment voyez-vous votre futur ?

Là vraiment c'est une question difficile : je ne m'inquiète pas car j'ai toujours eu l'opportunité de m'investir dans des domaines variés (facteurs humains, application à l'instruction, chef d'équipe/tour, programme CDM) mais je me demande comment ma « déformation professionnelle » pourra s'adapter : réfléchir et agir sur des domaines de temps de l'ordre de la minute au pire de l'heure ou des heures à venir par rapport des domaines d'application de plusieurs semaines mois ou années, s'obliger à filtrer des paramètres et à ne pas tout prendre en compte pour prendre des décisions en temps réel rapidement, et faire des choix pas forcément idéaux mais maîtrises par rapport à des réflexions qui prennent le temps mais intègre le plus de paramètres possibles et qui nécessitent un consensus, travailler avec une équipe de gens qui font le même métier au même endroit par rapport à des groupes plus hétérogènes aux intérêts divergents. Là il y a un vrai challenge d'adaptation...

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