Interview : René F.
Centre de contrôle. Roissy-Charles de Gaulle. 22 ans d'expérience.
Qu'est ce qui vous a donné envie de devenir contrôleur aérien ?
Mon frère était entré dans la DGAC quelques années auparavant, j'ai trouvé ce domaine très intéressant, alors j'ai passé le concours d'entrée. Je ne l'ai jamais regretté !
Comment est-ce que vous êtes devenus aiguilleur du ciel ?
En 1983, j'étais en Maths Sup, mais je m'y ennuyais un peu. J'ai donc passé le concours OCCA qui était niveau bac. De mémoire, il y avait 35 places pour plus de 3000 candidats. L'année suivante, après 12 mois de service militaire (au CRNA Nord, où j'allais revenir comme ICNA 12 ans après...) j'ai donc eu la chance d'entrer à l'ENAC dans la promotion OCCA84A. Ma première affectation fut le CRNA Est, où je suis arrivé fin août 1985.
Décrivez un jour type.
Étant en cours de formation IFR à CDG, je travaille actuellement 4 jours par semaine dont 1 ou 2 en tour (Nord ou Sud) où je pratique ma qualification de contrôle d'aérodrome, et 2 ou 3 en salle IFR sous la supervision de PC qualifiés. Ce rythme hors équipe permet à la fois une formation plus rapide et en même temps de faire connaissance avec l'ensemble des contrôleurs de CDG. Une journée en tour dure de 6 à 8 heures dont 4 à 6 de tenue de poste, alternant entre les différentes positions toutes les heures (prévol, sol, local et coordonnateur local). Il y a à CDG 2 tours de contrôle actives le jour, avec au total 1 prévol, 4 sols, 2 locs et 2 coor locs. Le chef de tour est au nord, un coor vigie sud est dans l'autre tour. Une troisième tour au centre du terrain sert de regroupement de nuit, y compris pour la salle IFR.
Quelle est la meilleure partie de votre travail ?
Passer une grosse pointe de trafic en conciliant sécurité et efficacité. NB : c'est un travail collectif, pas une performance individuelle !
Quelle est la plus mauvaise partie de votre travail ?
Se lever tôt le matin. Je ne m'y ferai jamais.
Qu'est ce qui est spécifique dans votre centre ?
Plusieurs choses :
- Un sol d'une complexité qui étonne même des contrôleurs américains (merci les architectes). D'où les 4 positions sol.
- 2 doublets de pistes parallèles avec opérations simultanées départs sur les pistes intérieures et arrivées sur les extérieures. Il y a donc en permanence plusieurs aéronefs, même en IMC distants de moins de 3 nm et moins de 1000 ft, mais réputés séparés. La gestion des remises de gaz est donc très fine.
- Des approches parallèles doubles ou triples (avec Le Bourget face à l'ouest) en toutes conditions météo, ce qui implique que 3 contrôleurs ITM (guidage radar jusqu'à interception de l'ILS) se partagent le même espace.
- L'absence quasi totale de trafic VFR, le nombre d'IFR suffisant largement à nous occuper.
Pourquoi est-ce que vous préférez travailler dans votre type de centre (tour, TRACON ou centre) ?
Après 20 ans dans 2 CRNAs, j'ai eu envie de voir les autres faces du contrôle aérien, à savoir la tour et l'approche. Si je dois prochainement choisir entre la tour de l'approche, je ne sais encore quelle sera ma réponse. La vue du haut d'une tour est magnifique, et on est au contact direct de l'aéroport. En revanche, à l'approche on a plus de possibilités d'action, on travaille en quatre dimensions
Pour vous quelles sont les principales qualités nécessaires à un contrôleur aérien ?
- Le calme,
- la méthode,
- l'humilité.
Quelle est la situation la plus complexe que vous avez eue à gérer ?
J'ai plusieurs situations qui me reviennent en mémoire :
- VFR perdu au milieu des orages dans les Vosges guidé avec un œil sur le radar, et un sur une carte 500.000.
- Grosse surcharge de trafic (200 % de la capa) sur un secteur UIR du CRNA Est quand CFMU n'existait pas.
- Pointes de trafic sur les secteurs arrivées au CRNA nord avant leur restructuration à la fin des années 1990.
- Plusieurs situations orageuses généralisées.
Quelles sont les difficultés pour une femme dans ce métier ?
À part concilier des horaires décalés avec la fatigue liée à la grossesse et à l'accouchement, je n'en vois pas.
Que ferez-vous ensuite ? Comment voyez-vous votre futur ?
Chaque chose en son temps. Mon premier objectif (à court terme j'espère) est de passer ma qualification PC Approche. Il serait logique que je devienne chef de tour 2 ans après. Pour la suite, je ne sais pas, mais le large éventail de possibilités que nous offre notre métier me fait envisager la suite de ma carrière sans inquiétude ni stress particulier.