Interview : Sylvie V.
Centre de contrôle Roissy-Charles de Gaulle. 11 ans d'expérience.
Qu'est ce qui vous a donné envie de devenir contrôleur aérien ?
J'ai toujours aimé le milieu aéronautique et les avions en particulier, j'adorais les voir se poser et décoller. J'ai eu la chance d'avoir comme voisins un couple dont le fils Eric (que je ne remercierai jamais assez), de 10 ans mon aîné, avait choisi le métier de contrôleur aérien et lorsque j'avais 15 ans, il m'a fait visiter la tour de contrôle de l'aéroport de Marseille. Ce fut une véritable révélation pour moi et j'ai décidé ce jour-là que je serai un jour contrôleur moi aussi.
Comment est-ce que vous êtes devenu aiguilleur du ciel?
Suite à la visite de la tour de Marseille, j'ai donc orienté mes études pour préparer le concours ICNA de l'ENAC avec pour objectif de le réussir à tout prix. Le père d'Eric était professeur d'anglais, il m'a aidé à préparer le concours et je le remercie également. En parallèle je poursuivais mes études pour obtenir mon bac C et j'espérais être prise à Masséna, une classe prépa à Nice assez réputée. Les 2 années de Math Sup/ Math Spé ont été moralement difficiles mais je me suis accrochée pour atteindre mon but. J'avais décidé de refaire une année supplémentaire en 5/2 si je ne réussissais pas la première fois mais j'ai eu la chance de réussir l'écrit et l'oral du premier coup et d'intégrer l'ENAC en octobre 1994.
Décrivez un jour type
A Roissy, notre cycle de travail est de 12 jours, Il alterne des matinées et des après-midi ou des soirées ainsi qu'une nuit et des jours de repos. Nous travaillons 6 jours sur les 12 ("jours" qui peuvent être une nuit). Pour l'instant, nous avons la chance de travailler soit en tour soit en salle d'approche et il existe de nombreuses positions à tenir comme le sol, la gestion des pistes, le guidage des avions après l'envol jusqu'à leur point de sortie ou du point d'entrée vers la piste. Nous changeons environ toutes les heures car certaines positions demandent beaucoup de concentration et un quart de notre temps de travail est constitué de pauses.
Quelle est la meilleure partie de votre travail?
C'est à la fin d'une heure chargée et qu'on peut se dire qu'on a guidé en toute sécurité des milliers de personnes dans les airs sans même qu'ils se rendent compte de notre présence.
Quelle est la plus mauvaise partie de votre travail?
Devoir se lever à 5 h du matin pour aller travailler ou partir au boulot à l'heure où la plupart des gens rentrent chez eux.
Qu'est ce qui est spécifique dans votre centre ?
Ce qui est spécifique, je crois, c'est la densité du trafic aérien commercial car si à Roissy les "petits avions" de tourisme sont interdits, le trafic d'avions de transport de passagers, ou de fret la nuit, est très important. Il y a environ 1600 mouvements d'avions par jour (un mouvement étant un atterrissage ou un décollage) et le trafic est organisé en hub c'est à dire que les "pointes" de départs succèdent aux "pointes" d'arrivées pour permettre aux compagnies (Air France en particulier) de proposer une grande diversité de vols grâce à des correspondances.
Pourquoi est-ce que vous préférez travailler dans votre type de centre (tour, TRACON ou centre)?
Si j'ai choisi Roissy, c'est parce que je souhaitais voir des avions (et il n'y a pas meilleur endroit pour cela que la tour de contrôle) et également faire du guidage en salle radar. Etre sur un aéroport permet de combiner les deux. En plus je me suis dit au moment de mon affectation que si je devais faire un centre comme CDG dans ma carrière, il valait probablement mieux le faire au début de celle-ci.
Pour vous quelles sont les principales qualités nécessaires à un contrôleur aérien ?
Etre calme et posé, savoir anticiper et être capable de gérer le stress quand le trafic devient complexe.
Quelle est la situation la plus complexe que vous avez eue à gérer?
La situation qui me vient à l'esprit n'est peut-être pas la plus complexe que j'ai eue à gérer mais celle qui m'a marquée dans ma nouvelle fonction de chef de tour. Cela m'est arrivé la première nuit que je faisais en tenant ce rôle. Tout avait été très calme jusqu'à ce que je reçoive vers minuit l'appel d'un collègue pour me prévenir qu'une roue avait été retrouvée sur l'aéroport de Munich et qu'après enquête, elle appartenait probablement à un avion qui devait se poser chez nous. Après avoir demandé aux pompiers de se positionner tout le long de la piste, j'ai fait demander aux pilotes de l'avion en question de faire un passage bas au dessus de la piste pour qu'on essaie de voir ce qu'il en était. Mais ça n'a pas suffit et l'idée est venue de faire intervenir un avion militaire. J'ai donc réveillé le contrôleur militaire de permanence pour lui expliquer la situation et en 20 minutes un chasseur décollait de la base de Creil pour venir voler autour de l'avion. Une des deux roues du train avant était effectivement manquante et les pilotes ont eu l'air rassurés, non pas d'avoir une roue en moins, mais de connaître avec précision la situation. Finalement l'avion s'est posé et les pilotes ont tenu le plus longtemps possible le train avant en l'air pour le mettre au sol avec le plus de douceur possible. Il n'y a eu aucun blessé et l'avion a même pu rouler jusqu'à son parking sans aide.
Quelles sont les difficultés pour une femme dans ce métier ?
Je ne ressens pas de difficulté particulière pour une femme par rapport à mes collègues masculins. Nous sommes environ un tiers sur l'effectif global et je ne pense qu'il y ait de différences, l'avancement de carrière est le même et les fonctions tenues également.
Que ferez vous ensuite ? Comment voyez vous votre futur ?
J'adore mon métier et je suis très heureuse en tant que contrôleur aérien. Peut-être un jour je changerai de centre mais je ne sais pas encore quand.